Il y a bien longtemps que la nuit est tombé sur son azur enchanté, il y a bien longtemps que l'astre céleste s'est endormi à jamais dans son c½ur embrumé. La lumière autrefois le baignait de sa rayonnante chaleur, aujourd'hui la noirceur des hommes l'a entouré de ténèbres. Les fleurs qui sous ses pas s'épanouissaient dans toute leur splendeur éphémère sont pour toujours fanées, car maintenant, dans son obscur sillon les voilà qui se dessèchent inexorablement.
A cette vue, l'ange se retourne et les observe il pense tout bas : pourquoi donc moi qui répandait joie et lumière, je ne sème aujourd'hui que malheur, maladie et mort. Les larmes cristallines coulent sur son visage de jade et dans leur chute se teintent de rouge. Les gouttes de sang tombent sur ses mains ancrées à la terre sèche. Quelle triste boisson pour cette soif de vie à jamais aspirée dans quelque précipice de l'enfer.
L'ange ferme ses yeux pour retenir ses pleurs morbides qui viennent achever la destruction du monde. Puis il lève son regard de désespoir vers les cieux obscurs. Et dans cette immensité mouchetée de diamants éteints, aucun secours n'est maintenant possible.
Ses ailes sont brisées, son âme est morte. Il se lève et s'enveloppe dans ses voiles immaculés qui flottent derrière lui tel un transparent linceul. Les vents de la montagne font de l'ange un fantôme égaré entre la terre et le ciel, un perpétuel condamné entre l'enfer qu'il a créé chez les hommes et les cieux de ses ancêtres. Sous ses pas le sol crie sa douleur givrée et sous la nuit l'ange hurle sa tragique destinée.
De lui, il n'y a que son long murmure qui s'élève jusqu'aux étoiles, plainte d'une âme qui ne s'envolera jamais, clameur d'un être, fut-il de lumière, à jamais torturé.